Showmeur Island : un vaudeville “drôlamatique”

Showmeur Island, c’était un peu un ovni pour moi qui suis habituée à des pièces de théâtre plus classiques. Allant de surprise en surprise, je me suis néanmoins laissée (em)porter par le rythme soutenu de la compagnie “Les Voyageurs Sans Bagage” qui nous livre une histoire drôlamatique. Dans un méli-mélo savamment orchestré de télé-réalité, de théâtralité versus réalité, de bande annonce de films revisités et de vrai faux jeu télé, il n’y a pas à dire, les rebondissements et le comique de situation vont bon train. On s’amuse, on rit de bon coeur et on se prend d’affection pour les trois compères d’infortune présents sur le plateau.

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Véritable vaudeville des temps futurs, la pièce se déroule en 2045. Période où la tyrannie par le travail fait ( à nouveau ) rage et mécanise les individus. Dans la lutte pour l’emploi, personne n’est épargné par le courroux impitoyable du chômage, pas même la jeune cadre dynamique. Un benêt, un grincheux et une workaholic sont sur un radeau, qui prend l’eau… et jouent à qui sombrera en premier. On se délecte de leurs coups bats et de leur franc-parler. La parole libère mais leur destinée semble irrémédiablement liées. Les trois comparses se retrouvent embarqués pour une étrange épopée sur une île lointaine dédiée aux chômeurs. L’endroit n’est rien de moins qu’un goulag où deux bourreaux pinces sans rire sévissent sans ménagement. A coup de de caricatures juteuses, on en oublierait presque l’aspect tragique du sujet. Ce que vient faire le cours extrait vidéo balancé à la fin de la pièce. Ma comparse n’a pas aimé ce brusque rappel de la réalité, déplorant ce “coup de théâtre” comme un pavé dans la marre bien superflu. De mon côté, j’ai apprécié ce rappel de la vie réelle sans quoi je serais sans doute passée à côté de la véritable portée de cette pièce : nous interroger sur le travail au sens large ainsi que l’esclavage par le travail. Un état de fait malheureusement manifeste au sein de notre société détraquée. Et dire qu’on est pas encore en 2045…

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