Arrêtez tout, Apocalypse Bébé – un spectacle de Selma Alaoui, Œuvre soucieuse, farouche et perspicace est au théatre Varia !

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Vous regardez autour de vous, et vous vous demandez: En quoi existe-t-il un lien entre les différents chaos de nos âmes et les enjeux politiques et sociaux de notre époque ?
Mais si vous voyez ce que je veux dire… le fait que sans s’en rendre compte, le climat de l’organisation de notre société vient faire la pluie et le beau temps dans ce que nous sommes , dans ce que l’on devrait être, dans ce que l’on vit !
Ce poids qui rend malheureux d’incompréhension, d’insatisfaction, qui vous fait tourner la tête ou vous transforme en roc !
Proposer une analyse de cette question, c’était sonder les origines, avoir un œil aiguisé sur les conséquences de ces violences sur les rapports maladroits qu’entretiennent les gens entre eux : Et c’est l’œuvre 4D que propose Selma Aloui en prolongement des mots que Virginie Despentes avait écrit en 2010.
Pendant 15 jours, découvrez au Varia l’adaptation expressive de ce roman visionnaire, qui 6 ans plus tard, trouve sa simultanéité parfaite. Avec l’alliance des talents exaltés et clairvoyants de Selma Alaoui et Virginies DESPENTES, Apocalypse bébé est bien loin d’une thèse ennuyeuse, non, puisque l’histoire qui sert ses pensées profondes est clairement celle d’un polar.

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Deux femmes à la recherche d’une troisième, qui dans une enquête clairement rock’n’roll, vont devoir traverser toutes sortes de milieux sociaux. C’est l’histoire de Lucie Toledo, trentenaire touchante qui se fait une raison de sa vie majoritairement organisée autour de son emploi: suivre la jeunesse dorée pour faire le compte-rendu des activités de leur progéniture aux parents.

« Je suis la gourde mal payée qui vient de se taper quinze jours de planque pour surveiller une adolescente nymphomane, défoncée à la coke et hyper active… Je ne m’en suis pas plus mal tirée qu’un autre, jusqu’à ce que Valentine disparaisse. »

Lors d’une de ces journées de traque devenue routine, Lucie perd de vue, Valentine, jeune fille a la réputation sulfureuse. La disparition de la jeune voluptueuse pousse Lucie à faire un pas de coté sur sa vie toute tracée, en donnant a son travail la tournure d’une véritable enquête. Lucie Tolèdo, détective ? La mission lui semble hors de ses compétences, elle fait donc appel à « La hyène », enquêtrice renversante au surnom équivoque. Une ancienne avocate qui emploie des méthodes peu orthodoxes. Pragmatique, nonchalante, «la hyène» est charismatique au possible !

« Tu sais, Lucie, c’est uniquement une question de chance et d’acharnement. ça semble impossible au départ mais sans qu’on sache comment, une piste se révèle et ça devient une simple question de fatigue à gérer »

Avec ses différents personnages, on traverse les générations, les façons de communiquer, les façons d’interagir avec nos domestications, les différentes manières de vivre avec soi-même, de faire des choix, et c’est là que la brutalité de certains propos deviennent génie.
Du point de vue de la mise en scène, on saluera tout particulièrement la magie des flashs back, des apostrophes, qui éclairent sur la psychologie de chacun mais aussi les changements de plateau fluide, caractéristique de la brillante tenue du déroulement.
On notera l’humour, ici synonyme de spiritualité: tantôt cynique, jaune et tantôt léger, plein d’espoir.
On lance également un tout grand BRAVO pour le façonnage des personnages, pilier du discours, avec une écriture et interprétation incarnée, comme des caresses, qui réhabilitent la notion d’imperfection comme perfection humaine.
Le théâtre de la vie est là (depuis le temps qu’on en parle sans savoir à quoi ça pourrait ressembler!).

Là où vous pensez « déjà vu », je vous dis innovante et troublante lucidité.
Là où vous pensez « théââââââtre », je vous dis que vous aurez l’esprit occupé à autre chose que de questionner la prétention d’une œuvre tant il s’agit ici de VIE. Les suppositions en général sont des écueils, alors ne dites pas « c’est sûrement », dites « j’ai trouvé que …»
Là où on lit cent fois par an «à voir de toutes urgence», «une œuvre coup de poing», je dis : mettons toutes les chances de notre coté pour voir large en mettant simultanément les lunettes de ces deux révolutionnaires.

En conclusion, une impression qu’on est lu dans ma tête en restituant de manière limpide des maux sans forme qui voguaient là, me poussent à une familiarité spontanée avec des envies de tutoiement: merci Selma, merci Virginie, Merci le Varia .
C’est beau de pouvoir voir une logique dans tout ce chaos. Beau de voir qu’une réflexion poussée peut amener à des raisons logiques d’aimer, encore, un peu l’être humain. Et plus beau encore si ces choses pouvaient remplir de façon outrancière un lieu.

3 thoughts on “Arrêtez tout, Apocalypse Bébé – un spectacle de Selma Alaoui, Œuvre soucieuse, farouche et perspicace est au théatre Varia !”

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