« Lettres à Nour », le Djihad sous un autre jour

« Lettres à Nour», une touche d’espoir sur fond noir

LettresàNour

À l’approche de la soirée, j’avais hâte de découvrir la représentation « Lettres à Nour », à l’Espace Magh, de Rachid Benzine, d’après « Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? » du même auteur (Éd. Seuil, 2016). La représentation d’un dialogue épistolaire entre un père philosophe musulman pratiquant et sa fille, partie faire le Djihad, un terme largement galvaudé depuis les attentats du 11 septembre 2001, ne risquait-elle pas de se rapprocher de la lecture d’un texte sur un ton monocorde entrecoupée de silences ? Que nenni ! La mise en scène et la musique concourent à donner du rythme aux échanges, allant jusqu’à susciter un profond émoi lorsque la tension est à son paroxysme.

Si Nour est partie, elle, jeune révoltée partie faire sa « révolution », ce n’est pas sans emporter son lot d’interrogations qui la traversent en permanence, mais dont le flux est figé le temps d’un instant dans les lettres qu’elle fait parvenir à son père, coûte que coûte. Et tous deux paient le prix fort du poids des convictions aveugles, semblables à une pieuvre dont les tentacules enserrent l’esprit et le cœur de son hôte, qui, selon son expérience, sa capacité de résistance ou de résilience, pourra en réchapper. Après le choc du départ incongru de Nour, père et fille traitent, par correspondance, de faits rationnels. Toutefois, le lien et le profond amour qui les unit finit par transpercer la rationalité de leurs échanges et, compte tenu des circonstances, tous les coups sont permis. À ce moment-là, on ne peut qu’éprouver la douleur d’une situation d’éloignement qui, toute absurde soit-elle, constitue une réalité dans certaines familles, dans une moindre ou plus grande mesure, mais qui fait toujours mal.

La représentation de ce soir-là s’adressait en particulier à la communauté éducative élargie. C’est monsieur Rachid Benzine en personne qui est monté sur scène, mais comme il l’a confié avec le sourire dans la foulée du spectacle, « c’était par défaut ». Lettres à Nour est une production du Théâtre de Liège qui bénéficie du soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans le cadre de sa politique de prévention des extrémismes et des radicalismes violents (pour toute info, allez sur http://www.extremismes-violents.be).

En bref, une pièce bouleversante qui montre ô combien le dialogue et la compréhension mutuelle sont primordiaux par les temps qui courent.

G.G.

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