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King Kong Théorie aux Riches-Claires !

Le livre qui m’a fait recommencer à me ronger les ongles en 2006 (puis arrêter pour lever mon poing bien haut) est adapté pour le théâtre aux Riches-Claires et la décharge est toujours aussi bonne.

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L’ambiance des Riches-Claires ? Les actrices déjà présentes sur scène au moment où l’on entre dans la salle ? Leurs regards convaincus et tranquilles ? Je ne sais pas qui a commencé, mais dès les premières minutes de la représentation, une militante a baigné ce lundi 7 mai : dans du coton.

Google nous dit que 98% des lecteur.rices ont aimé l’essai de Virginie Despentes et la salle ce soir là reflétait le même engouement. Ça donne envie de réapprendre à aimer les gens, car pourtant, dans ce livre, cette pièce, peu de stats mais plutôt des constats et pas des plus joyeux, avec un regard aiguisé sur des sujets tel que : la féminité, la virilité, le viol, la pornographie, la prostitution, découlant sur une question centrale : Comment la politique fait-elle irruption dans nos vies ?

Des injonctions qui ne nous rendent a priori pas philanthrope mais bien des mots qui  nous permettent d’élargir notre angle de vue : on a bien raison de ne pas se sentir à l’aise dans ces carcans, et on va plus subir ! Les actrices, Marie-Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre et Delphine Ysaye en sont de ces convaincues quand elles soumettent le texte à la metteuse en scène Julie Noyer, pour créer la pièce à laquelle j’ai pu assister.

« King Kong théorie est une ode à la liberté, c’est là que le poing de virginie Despentes et les nôtres se lèvent »

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Alors forcément, si t’as poussé la réflexion depuis 2006, tu vas peut-être trouver la pièce un peu moins rock ‘n’ roll que ce qu’en disent les journaux traditionnels : de toute façon elles assument totalement leur découverte de l’époque, mais cela a été sans conteste le point de départ de recherches et connaissances qui n’ont pas vu leur fin avec le lancement de la tournée. C’est bon de sentir qu’on est tous.tes frappés du même fouet à cette lecture !

Une grande force se dégage de cette adaptation bien jaugée : La pièce convie la militante en herbe à sa danse, et comble le cœur des plus aguerris dans son ouverture à des strates nouvelles de la population. Servi avec un grand soin de la rendre accessible, sans trop dénuer les propos de Virginie Despentes de leur ferveur, la mise en scène minimaliste et interactive saura interpeller tous les genres , tous les âges , toutes les professions . Le monologue original devient ici une conversation entre trois femmes dont les propos sont exaltés par des sons et des images issus des médias que suit le spectateur lambda dans sa culture la plus universelle. Les exemples dont sont truffés l’essai de Virginie Despentes sont ainsi mis en relief par l’image, mais aussi par les corps. Une grande partie de la mise en scène repose sur eux : leurs accessoirisassions, leurs déambulations et leurs gestes, rendent une fois de plus la pièce, humaine.

Pour ceux et celles qui en douteraient encore, il est important de noter que cette mise en scène sur le fil de la décadence mesurée a permis durant ces années de représentations, d’ouvrir la porte aux interactions avec un public large :  théâtres huppés,  hors capitale, à la Prison de Lantin, ou encore, avec la création d’atelier pour la jeunesse au théâtre de la toison d’Or. La pièce a donc fait un vaste voyage, aussi bien en termes de territoire géographique que dans les terres indomptées de publics loin des considérations féministes ou théâtrales.

Déployer un mégaphone amabile, c’est aussi le terrain des Riches-Claires, avec ce contexte des « lundi-théâtre », offrant des tarifs accessibles pour assister aux représentations (6euros).
Compris dans ce prix, une discussion entre actrices et  spectateur.rices est venue finir ce moment  rassurant où on se dit « non, tout le monde n’en a pas rien à faire » ! Avec à ma droite, un voisin, à ma gauche, un couple de personnes aux cheveux gris, et puis tout autour : un bain de regards ébahis. Chirurgienne, scientifique, des personnes qu’il ne m’arrive pas souvent de côtoyer et par extension, d’échanger sur ces thèmes.

Les interventions et l’intérêt pour la pièce de ce public que je n’avais pas encore croisé dans le milieu féministe ont caressé mes convictions hirsutes. Je dois le dire, d’habitude les débats post-représentation me désintéressent, les gens qui parlent pour se faire mousser, pose des questions sans rapport aucun avec ce qu’on vient de voir mais font leur thérapie … NON MERCI !

Ici, rien de tout ça, des constats, des conseils de lectures, la découverte de la passion et de l’énergie que les actrices ont mis à la réalisation de cette œuvre : Bonheur.

On y a aussi appris l’existence d’une amitié de longue date entre les actrices «  ah c’était donc ça ! » : Pas de doute que leur talent aurait su simuler une telle entente, malgré tout, je persiste à croire que leur amitié à la vie comme à la scène est une clef de la bienveillance communicative de cette pièce : de la sororité pure, l’origine de ce dont on a besoin pour la suite de cette conquête.

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Prochaine représentation du 07 NOV – 01 DÉC 2018 au Théâtre de la Toison d’or.

Blue Book Legacy : ne vous fiez pas aux apparences !

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Musique cosmique, écrans d’étoiles, lumières bleues : décor planté. Nous entrons dans une autre dimension, une autre galaxie, un univers nouveau. Car c’est bien ce qui se déroule sous nos yeux dans cette mise en scène de Matthieu Meunier : quelque chose de nouveau. L’histoire, elle, peut paraître banale, du moins le début : deux frères se retrouvent suite au décès de leur mère et doivent se rendre au chalet de leur enfance. Là commence leur périple. Ce n’est pas ce début qui a des airs novateurs mais, entre autres, l’univers : celui des extraterrestres, sujet quasi inexistant sur nos scènes de théâtre.

Notre curiosité est éveillée sur ces être venus d’ailleurs, nos certitudes parfois remises en cause (et ça fait du bien), avec toujours ce ton de l’humour. Mais c’est surtout l’utilisation de la vidéo (créée d’une main de maître par Allan Beurms) qui est tout à fait originale.

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En effet, c’est une vidéo d’animation (dans un écrin de lumières soignées, crées par Seby Monseigneur), inspirée de nombreux univers (cartoon, comics, films d’aventure, jeux vidéos,…) qui, au-delà d’illustrer les différents lieux dans lesquels se situent les personnages, s’avère être également un formidable partenaire de jeu pour les comédiens, qui peuvent ainsi se battre contre des piliers de comptoir en personnages d’animation, des chiens qui font “coin coin” et même des extraterrestres. L’infini des possibilités offertes par la vidéo, et la précision des comédiens (Arnaud Van Parys et Xavier Elsen) face à celle-ci, fascine le spectateur amusé.

C’est donc un divertissement bien dosé, où chacun y trouve son compte, mais également une pièce qui amène la réflexion. Si Blue Book Legacy aborde le thème des extraterrestres, c’est aussi pour parler de l’humain et, plus largement, de notre société. Dans la deuxième partie, on entendra le père dire aux extraterrestres, en parlant des Hommes : « vous ne voulez pas que ce peuple évolue, vous avez un intérêt là-dedans ».

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Cette réplique n’est pas sans faire écho à une situation actuelle (mais pas tant que ça) : la domination des pays riches sur les plus pauvres, la faiblesse des uns faisant la force des autres. Ici, la complémentarité des deux frères dans leurs forces et leurs faiblesses, tentera de servir la cause de l’humanité toute entière. La deuxième partie de la pièce tente donc d’entrer dans un propos plus profond que la première partie, avec cependant quelques petite failles : c’est une deuxième partie qui se cherche encore un peu mais qui, sans aucun doute, s’affinera et s’affirmera au fil des représentations.

En conclusion, c’est un projet ambitieux, esthétiquement original et soigné, très bien joué, et qui mérite notre soutien, aussi parce que c’est une jeune équipe qui explore au-delà des sentiers battus, qui prend des risques et il en faut ! Mais vous, êtes-vous prêts à risquer l’aventure ?

Foncez !

© Macha.

Jusqu’au 5 mai aux Riches-Claires,

Infos et réservations
Centre culturel Les Riches Claires
www.lesrichesclaires.be
24 RUE DES RICHES-CLAIRES
B-1000 BRUXELLES | 02/548 25 80

Les enfants de Dom Juan.

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Le donjuanisme comme prétexte à une leçon de tolérance dans une version interculturelle. Voilà le défi qu’ont relevé avec art et savoir-faire Sam Touzani et Gennaro Pitisci.

Car c’est un spectacle à surprises que le Brocoli théâtre réserve au public très mélangé de l’Espace Magh.

Le concierge d’un petit théâtre de quartier découvre que le prétendu metteur en scène qui va monter Dom Juan et gâcher ses vacances par la même occasion ne serait autre que son demi-frère venu revendiquer sa filiation et le port du nom arabe de leur ascendant commun.

Oui… Sauf que, l’un est un pur Marocain dans l’apparence et dans le mode de vie, alors que l’autre n’a pas tout à fait la même couleur… Que peuvent-ils attendre de cette confrontation ?

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Sur le ton de la farce, la pièce amène le public à la question de la tolérance et frappe dans un lieu de conflit par excellence : celui de la famille, sans compter le jugement de la communauté et de la société qui imposent des lois. Le tour de génie des deux auteurs est de revisiter le mythe de Don Juan par une réécriture du point de vue des descendants d’un libertin brutalement mis face à une parenté qui au premier abord risque de les encombrer plus que de les séduire. Quoique…

La trame pose alors indirectement la question des origines communes de l’homme et de la fraternité et du partage, tels que nous les enseignent les religions. Jusqu’où l’autre est-il admis à pénétrer notre espace ? Que peut-il m’apporter et que risque-t-il de détruire ou de déséquilibrer ? Les découvertes génétiques récentes prouvent que nous sommes le résultat de croisements multiples, cela nous rendra-t-il plus ouverts les uns envers les autres ?

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Et si la rencontre passe nécessairement par la séduction de quelque nature qu’elle soit, elle sera guidée par la connaissance de l’autre. Comment ouvrir la brèche ? L’audace de Dom Juan n’est sans doute plus à blâmer.

Ben Hamidou et Sam Touzani campent avec enthousiasme ce duo insolite réussira à s’apprivoiser par le truchement d’une supercherie comme nous en réserve cette comédie à tiroirs.

C’est à l’Espace Magh jusqu’au samedi 5/05 :
Rue du Poinçon, 17
1000 Région de Bruxelles-Capitale.

Sur Facebook via https://www.goo.gl/3YLex9

@ Palmina DI MEO.

 

BUG ou quand la paranoïa nous colle à la peau !

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Agnès se sent seule. Seule dans son petit appartement dans un HLM. Seule depuis la disparition de son fils dans un supermarché. Agnès a également peur de Jérémy, son ex compagnon qui s’est toujours montré violent envers elle et qui ne cesse de la harceler. Agnès noie ses émotions dans la vodka et la drogue. Et puis un jour elle rencontre Pierre qui la trouve belle. Pierre est bizarre et un peu coincé mais Agnès s’attache très vite à lui. Une complicité naît entre eux. Mais Pierre, en plus d’être mystérieux, a un secret. Il serait un soldat en cavale et victime d’un énorme complot. En effet, l’armée lui aurait inoculé des insectes sous la peau de manière à le contrôler. Agnès, au départ dubitative, est petit à petit amenée à le croire et à se sentir elle-même paranoïaque.

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La paranoïa, c’est ce que cette pièce, mise en scène par Aurore Fattier, met en avant. En s’inspirant du dramaturge américain Tracy Letts, elle parvient à proposer du théâtre fantastique dans un mélange de folie avec un fond sonore intéressant. Elle réussit également à influer ce sentiment paranoïaque au sein du public. Saluons la performance de chacun des comédiens et notamment de Yoann Blanc qui joue brillamment le rôle de Pierre, ce gars mystérieux fuyant le complot. Saluons également les musiciens présents qui ont donné une belle tonalité à ce spectacle.

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Bug est un spectacle qui laisse sans voix et qui donne à réfléchir sur toutes les théories du complot qui incombent notre société actuelle. Bug est aussi un spectacle prenant notamment grâce à sa scénographie bien réfléchie.

AVEC Fabrice Adde, Yoann Blanc, Catherine Grosjean, Eléna Pérez et  Claude Schmitz.
SCÉNOGRAPHIE Sabine Theunissen assistée de Simon Détienne.

BUG se joue au Théâtre Grand Varia jusqu’au 9 mars à 20 heures 30 (durée du spectacle, 120 minutes).

http://varia.be/
http://varia.be/bug/

© Sonia Azzabi.
Mars 2018.

1h01 de spectacle, et pas une minute de trop – Replay

Parlons d’un sujet plus léger en cette fin d’année, parlons « Rupture », de et avec
Valentine Lapière et Gaël Soudron.

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Une femme, un homme, un banc public… Et non, ils ne se bécotent pas. Lucie s’est faite larguer. Quoi de plus banal ? Oui, mais là, c’était l’homme de sa vie, à elle aussi. Pas le temps pour les regrets – petit dab d’encouragement – Jean-François arrive à la rescousse avec pour seuls adjuvants une imagination et un humour débordants. L’espace d’une nuit, il sera à ses côtés pour l’aider à surmonter cette épreuve.

Elle a un nénuphar au cœur, Lucie, entre autres merveilles. C’est d’ailleurs là que se joue une scène mémorable, qui dépasse de loin tous les portés mythiques, s’il en est, inspirés de Dirty Dancing. Le temps d’une heure et une minute, les sentiments en prennent plein la tronche. On rit beaucoup, et on relativise pas mal aussi. Les ruptures n’ont-elles pas permis à l’humanité de s’émouvoir devant des chefs-d’œuvre de la littérature, du théâtre ou du 7e art ? Alors, « ruptons », pour exorciser la douleur des amours déchues et trinquons à la nouvelle vie qui s’offre à Lucie.

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C’est aux Riches-Claires jusqu’au 31/12 (https://lesrichesclaires.be/evenement/replay/), du mercredi au samedi à 20h30. Relâches exceptionnelles : les 23 et 30/12/17 – Attention : le 31/12 représentations à 19h et 22h.

Jours Radieux au Varia !

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Après avoir jeté un œil au descriptif de « Jours Radieux », je me suis laissé tenter par un spectacle haut en couleur devant un public visiblement conquis par le jeu des acteurs.
Il faut dire que « Jours Radieux » comporte des éléments de Vaudeville et d’un théâtre plus engagé qui réveille en nous des questions sociales et politiques de tous les jours.
On aborde sans tabou et en toute simplicité des sujets qui dérangent l’opinion publique comme la xénophobie et les convictions nationalistes.
L’ancrage même de ces discussions se déroule dans une famille expressément blanche de peau où fillette, mère et père s’adonnent à cœur joie à la caricature de notre société.

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La verve des acteurs et le décor pourtant rudimentaire (quelques canapés) nous transportent dans une véritable pluie de métaphores où une ambiance survoltée règne en maître.
Le trio d’acteurs se lâche sans retenue et en permanence dans une relation tantôt conflictuelle, tantôt harmonieuse malgré la paranoïa et le lunatisme ambiants.
Ce qui peut nous paraître comme une exagération dans les paroles des acteurs, tant les sujets abordés frappent ou font rire, il est difficile de rester insensible à ce véritable panaché de faits quotidiens déclamés avec éloquence et sarcasme.
« Jours Radieux » nous sort de notre zone de confort pour nous confronter à la réalité extérieure, un monde, faut-il le dire empreint de stéréotypes et d’un racisme avéré.

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La part onirique qui prend la forme d’un conte inhérente à la seconde partie nous rappelle combien le monde politique est à la fois absurde et démagogique pour arriver à ses fins.
Quoiqu’il en soit, « Jours Radieux » est un miroir sur notre société, tellement individualiste que l’on arrive à en oublier les vraies valeurs comme tolérance, respect et humanité.

« Jours Radieux  » se joue jusqu’au 28 octobre au « Petit Varia », Rue Gray 154, 1050 Ixelles.

Une pièce de Jean-Marie Piemme, mise en scène par Fabrice Schillaci avec Joëlle Franco, Elizabeth Karlik et Stéphane Vincent.

http://varia.be/jours-radieux/ 

RGL

« Lettres à Nour », le Djihad sous un autre jour

« Lettres à Nour», une touche d’espoir sur fond noir

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À l’approche de la soirée, j’avais hâte de découvrir la représentation « Lettres à Nour », à l’Espace Magh, de Rachid Benzine, d’après « Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? » du même auteur (Éd. Seuil, 2016). La représentation d’un dialogue épistolaire entre un père philosophe musulman pratiquant et sa fille, partie faire le Djihad, un terme largement galvaudé depuis les attentats du 11 septembre 2001, ne risquait-elle pas de se rapprocher de la lecture d’un texte sur un ton monocorde entrecoupée de silences ? Que nenni ! La mise en scène et la musique concourent à donner du rythme aux échanges, allant jusqu’à susciter un profond émoi lorsque la tension est à son paroxysme.

Si Nour est partie, elle, jeune révoltée partie faire sa « révolution », ce n’est pas sans emporter son lot d’interrogations qui la traversent en permanence, mais dont le flux est figé le temps d’un instant dans les lettres qu’elle fait parvenir à son père, coûte que coûte. Et tous deux paient le prix fort du poids des convictions aveugles, semblables à une pieuvre dont les tentacules enserrent l’esprit et le cœur de son hôte, qui, selon son expérience, sa capacité de résistance ou de résilience, pourra en réchapper. Après le choc du départ incongru de Nour, père et fille traitent, par correspondance, de faits rationnels. Toutefois, le lien et le profond amour qui les unit finit par transpercer la rationalité de leurs échanges et, compte tenu des circonstances, tous les coups sont permis. À ce moment-là, on ne peut qu’éprouver la douleur d’une situation d’éloignement qui, toute absurde soit-elle, constitue une réalité dans certaines familles, dans une moindre ou plus grande mesure, mais qui fait toujours mal.

La représentation de ce soir-là s’adressait en particulier à la communauté éducative élargie. C’est monsieur Rachid Benzine en personne qui est monté sur scène, mais comme il l’a confié avec le sourire dans la foulée du spectacle, « c’était par défaut ». Lettres à Nour est une production du Théâtre de Liège qui bénéficie du soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans le cadre de sa politique de prévention des extrémismes et des radicalismes violents (pour toute info, allez sur http://www.extremismes-violents.be).

En bref, une pièce bouleversante qui montre ô combien le dialogue et la compréhension mutuelle sont primordiaux par les temps qui courent.

G.G.

Arrêtez tout, Apocalypse Bébé – un spectacle de Selma Alaoui, Œuvre soucieuse, farouche et perspicace est au théatre Varia !

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Vous regardez autour de vous, et vous vous demandez: En quoi existe-t-il un lien entre les différents chaos de nos âmes et les enjeux politiques et sociaux de notre époque ?
Mais si vous voyez ce que je veux dire… le fait que sans s’en rendre compte, le climat de l’organisation de notre société vient faire la pluie et le beau temps dans ce que nous sommes , dans ce que l’on devrait être, dans ce que l’on vit !
Ce poids qui rend malheureux d’incompréhension, d’insatisfaction, qui vous fait tourner la tête ou vous transforme en roc !
Proposer une analyse de cette question, c’était sonder les origines, avoir un œil aiguisé sur les conséquences de ces violences sur les rapports maladroits qu’entretiennent les gens entre eux : Et c’est l’œuvre 4D que propose Selma Aloui en prolongement des mots que Virginie Despentes avait écrit en 2010.
Pendant 15 jours, découvrez au Varia l’adaptation expressive de ce roman visionnaire, qui 6 ans plus tard, trouve sa simultanéité parfaite. Avec l’alliance des talents exaltés et clairvoyants de Selma Alaoui et Virginies DESPENTES, Apocalypse bébé est bien loin d’une thèse ennuyeuse, non, puisque l’histoire qui sert ses pensées profondes est clairement celle d’un polar.

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Deux femmes à la recherche d’une troisième, qui dans une enquête clairement rock’n’roll, vont devoir traverser toutes sortes de milieux sociaux. C’est l’histoire de Lucie Toledo, trentenaire touchante qui se fait une raison de sa vie majoritairement organisée autour de son emploi: suivre la jeunesse dorée pour faire le compte-rendu des activités de leur progéniture aux parents.

« Je suis la gourde mal payée qui vient de se taper quinze jours de planque pour surveiller une adolescente nymphomane, défoncée à la coke et hyper active… Je ne m’en suis pas plus mal tirée qu’un autre, jusqu’à ce que Valentine disparaisse. »

Lors d’une de ces journées de traque devenue routine, Lucie perd de vue, Valentine, jeune fille a la réputation sulfureuse. La disparition de la jeune voluptueuse pousse Lucie à faire un pas de coté sur sa vie toute tracée, en donnant a son travail la tournure d’une véritable enquête. Lucie Tolèdo, détective ? La mission lui semble hors de ses compétences, elle fait donc appel à « La hyène », enquêtrice renversante au surnom équivoque. Une ancienne avocate qui emploie des méthodes peu orthodoxes. Pragmatique, nonchalante, «la hyène» est charismatique au possible !

« Tu sais, Lucie, c’est uniquement une question de chance et d’acharnement. ça semble impossible au départ mais sans qu’on sache comment, une piste se révèle et ça devient une simple question de fatigue à gérer »

Avec ses différents personnages, on traverse les générations, les façons de communiquer, les façons d’interagir avec nos domestications, les différentes manières de vivre avec soi-même, de faire des choix, et c’est là que la brutalité de certains propos deviennent génie.
Du point de vue de la mise en scène, on saluera tout particulièrement la magie des flashs back, des apostrophes, qui éclairent sur la psychologie de chacun mais aussi les changements de plateau fluide, caractéristique de la brillante tenue du déroulement.
On notera l’humour, ici synonyme de spiritualité: tantôt cynique, jaune et tantôt léger, plein d’espoir.
On lance également un tout grand BRAVO pour le façonnage des personnages, pilier du discours, avec une écriture et interprétation incarnée, comme des caresses, qui réhabilitent la notion d’imperfection comme perfection humaine.
Le théâtre de la vie est là (depuis le temps qu’on en parle sans savoir à quoi ça pourrait ressembler!).

Là où vous pensez « déjà vu », je vous dis innovante et troublante lucidité.
Là où vous pensez « théââââââtre », je vous dis que vous aurez l’esprit occupé à autre chose que de questionner la prétention d’une œuvre tant il s’agit ici de VIE. Les suppositions en général sont des écueils, alors ne dites pas « c’est sûrement », dites « j’ai trouvé que …»
Là où on lit cent fois par an «à voir de toutes urgence», «une œuvre coup de poing», je dis : mettons toutes les chances de notre coté pour voir large en mettant simultanément les lunettes de ces deux révolutionnaires.

En conclusion, une impression qu’on est lu dans ma tête en restituant de manière limpide des maux sans forme qui voguaient là, me poussent à une familiarité spontanée avec des envies de tutoiement: merci Selma, merci Virginie, Merci le Varia .
C’est beau de pouvoir voir une logique dans tout ce chaos. Beau de voir qu’une réflexion poussée peut amener à des raisons logiques d’aimer, encore, un peu l’être humain. Et plus beau encore si ces choses pouvaient remplir de façon outrancière un lieu.

Showmeur Island : un vaudeville “drôlamatique”

Showmeur Island, c’était un peu un ovni pour moi qui suis habituée à des pièces de théâtre plus classiques. Allant de surprise en surprise, je me suis néanmoins laissée (em)porter par le rythme soutenu de la compagnie “Les Voyageurs Sans Bagage” qui nous livre une histoire drôlamatique. Dans un méli-mélo savamment orchestré de télé-réalité, de théâtralité versus réalité, de bande annonce de films revisités et de vrai faux jeu télé, il n’y a pas à dire, les rebondissements et le comique de situation vont bon train. On s’amuse, on rit de bon coeur et on se prend d’affection pour les trois compères d’infortune présents sur le plateau.

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Véritable vaudeville des temps futurs, la pièce se déroule en 2045. Période où la tyrannie par le travail fait ( à nouveau ) rage et mécanise les individus. Dans la lutte pour l’emploi, personne n’est épargné par le courroux impitoyable du chômage, pas même la jeune cadre dynamique. Un benêt, un grincheux et une workaholic sont sur un radeau, qui prend l’eau… et jouent à qui sombrera en premier. On se délecte de leurs coups bats et de leur franc-parler. La parole libère mais leur destinée semble irrémédiablement liées. Les trois comparses se retrouvent embarqués pour une étrange épopée sur une île lointaine dédiée aux chômeurs. L’endroit n’est rien de moins qu’un goulag où deux bourreaux pinces sans rire sévissent sans ménagement. A coup de de caricatures juteuses, on en oublierait presque l’aspect tragique du sujet. Ce que vient faire le cours extrait vidéo balancé à la fin de la pièce. Ma comparse n’a pas aimé ce brusque rappel de la réalité, déplorant ce “coup de théâtre” comme un pavé dans la marre bien superflu. De mon côté, j’ai apprécié ce rappel de la vie réelle sans quoi je serais sans doute passée à côté de la véritable portée de cette pièce : nous interroger sur le travail au sens large ainsi que l’esclavage par le travail. Un état de fait malheureusement manifeste au sein de notre société détraquée. Et dire qu’on est pas encore en 2045…

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Black Clouds, dans la spirale du virtuel entre dépendances et dérives.

A l’heure où le phénomène Internet et les dépendances au monde virtuel se sont banalisés dans nos chaumières et la vie quotidienne, Black Clouds nous questionne sur les dérives de la société de l’hyper information. Une société d’interconnecté(e)s dans laquelle il est facile “d’oublier” que tout n’est pas que strass et paillettes tant pour ses utilisateurs que pour les détenteurs d’espaces virtuels.

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Au travers d’exemples frappants qui nous rappellent les nombreuses plaies du monde moderne dans et autour d’Internet tels le contraste entre les pays Nord-Sud et l’im-moralité de leurs finalités respectives, la supercherie orchestrée par un pirate de l’amour du monde virtuel peu scrupuleux  et une utilisation excessive de la cybernétique, Black Clouds questionne sans limites les perversités de notre société cyber connectée d’aujourd’hui.

On y trouvera entre autres l’histoire d’Aaron Schwartz racontée par sa propre mère, militant de l’internet et défenseur d’un accès à l’information pour tous sans équivoque, l’apparition de Steve Jobs et Thomas Sankara ancrés dans des idéologies technologiques et humaines qui incitent à la réflexion et une interprétation des enjeux liés au sites de rencontres bien implantés dans les mœurs actuels.

Autour de l’omnipotence informatique, une femme danse, là où reposent et se brisent en mille morceaux les ordinateurs en fin de vie.  Une allusion probable à la question de l’obsolescence programmée.

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En résumé, un spectacle qui dépeint avec originalité et militance la société des interconnecté(es) et une caricature (quoique très proche de la réalité) des utilisations pas toujours probes du World Wide Web.

Black Clouds est une création de Fabrice Murgia (Directeur artistique du Théâtre National de Bruxelles) et de la Cie Artara.

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